Barbet sources:1882

1882 – “Éléments d’histoire naturelle. Zoologie” – Fabre, Jean-Henri

1882-elements-dhistoire-naturelleLe Barbet. Le Cnien courant. ■— Le Barbet^ autrement  dit Caniche ou. Chien mouton, est renommé pour son intelligence exceptionnelle, sa douceur de caractère, sa fidélité sans égale. Qui ne connaît le barbet avec sa grosse tête ronde, pleine de bonhomie, ses larges oreilles pendantes, ses jambes courtes, son corps trapu, sa fourrure longue, fine et frisée, presque semblable à dé la laine et qui lui a valu le nom de Chien mouton? A demi tondu pour sa toilette d’été, il est plus beau encore. La moitié postérieure du corps est nue et montre la peau rose; la moitié antérieure est couverte d’une épaisse crinière. Une houppe coquette surmonte la queue, d’élégantes manchettes ornent les pattes, le museau porte moustaches etbarbiche, dont le souvenir se retrouve -peut-être dans le nom de Barbet.

Mouton, appelons-le ainsi, comme il est d’usage, Mouton est passé maître dans les arts d’agrément. Il fait le mort, donne la” patte, saute par-dessus la canne tendue, se tient debout» avec le morceau de sucre sur le nez, fait l’exercice, l’arme au bras et le chapeau de papier crânement sur l’oreille. Mais ce sont là les moindres de ses talents. Mouton est le savant de la famille. Avec une éducation soignée, on arrive à fourrer les choses les plus étonnantes dans sa bonne tête de chien. Il lit sans bron- cher l’heure à la montre de son maître et la dit par autant d’à-” boiemenls; il fait la partie aux dominos, et l’homme, son adversaire, ne gagne pas toujours.-Comme de pareils talents sont exercés par des barbets gagne-pain des gens qui les montrent, il est indubitable • que l’intelligence du chien est aidée dans le jeu par quelques signes du maître, passant inaperçus des spec- tateurs ; n’importe, il y a là, dans ce calcul de la bête qui compte ses points, reconnaît ceux de l’adversaire, et pousse du bout du museau les dominos en conséquence, de quoi confondre  notre pauvre raison.

Aux facultés de l’esprit,.Mouton associe, à un haut degré, les facultés du coeur, encore préférables. Mouton est le chien de l’aveugle,, qu’il guide patiemment, sans encombre, au travers ie la foule, au moyen du cordon de son collier. Quand le maître stationne au coin d’une rue et implore la pitié sur son aigre clarinette, Mouton, assis dans une posture suppliante, tient du bout des dents la sébile et la tend au sou des passants. Si le maître meurt, le maître chéri qui fraternellement partageait avec lui la croûte de pain, Mouton suit le cercueil, tout seul, triste, lamentable à voir. De quel nom appeler semblable servi- teur? L’aveugle l’appelle Fidèle. A lui seul, ce nom est le plus beau des éloges.

Le barbet rend en outre des services à la chasse. Comme il se jette volontiers à l’eau, qu’il nage habilement et qu’il rap- porte avec zèle, on l’emploie pour la chasse des oiseaux aqua-
tiques. Quand le plomb du maître a abattu un canard sauvage, Mouton va’ le chercher a,u milieu de l’étang; Quelquefois l’âpre bise souffle, les eauxsont glacées, Mouton ne s’en préoccupe; ilnage bravement parmi les glaçons, rapporte la pièce, secoue sa toison mouillée et attend, tout grelottant de froid,

“Stud Book Continental” (printed 1882-85)

1882-stud-book-continentalExposition Paris 1882